25 Juillet 2016 – Démarrage de la quatrième formation

Après plusieurs mois d’hésitation liée à l’ambiance délétère qui régnait à Brazzaville, l’équipe de Brazzaville a finalement lancé la nouvelle formation le lundi 25 juillet.

12 femmes sont inscrites sur cette session, sélectionnées à partir de critères que nous appellerons sociaux, à savoir que toutes sont dans des situations frisant l’urgence économique. Ce retard en est d’autant plus malheureux. Mais maintenant, l’optimisme est revenu et un nouveau groupe de 12 femmes, toujours enthousiastes, démarre.

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15 Juin 2016 – Qui passe à la Maison des femmes ?

Depuis quelques semaines, nous avons demandé à l’équipe de nous raconter la vie à la Maison des femmes de Bacongo.  La nouvelle session de formation de 6 mois ne commence que début juillet, mais la vie n’en est pas moins redevenue très active à la Maison des femmes.

La Maison des femmes est ouverte tous les jours de la semaine du lundi au vendredi à partir de 9h30, et jusqu’à 17h, les visites ont lieu le plus souvent entre 11 et 15h.

Les demandes sont de toutes sortes, et en voici quelques exemples, tirés du journal de la Maison de la semaine dernière.

Jérémie a entendu parler de FAFA par Cécile, la jeune coiffeuse qui a vu son affaire se développer depuis qu’elle a suivi la formation. Mais il est très déçu de comprendre que la Maison des femmes n’aide que les femmes. Sa réponse, généreuse, a été qu’il fallait le faire « avec confiance », mais on comprend son désarroi quand on sait la difficulté récurrente à trouver de l’argent dans des conditions correctes. Rappelons que, par exemple, les MUCODEC, qui distribuent des microcrédits, n’acceptent que les clients qui ont un compte d’épargne et peuvent donner une caution importante.  Quant aux « officines » comme on les appelle à Brazzaville, elles sont nombreuses mais leur réputation n’est pas bonne, et on n’y recourt qu’avec parcimonie. Reste les ristournes (tontines) mais cela ne résout pas tous les problèmes de financement.

Plus tard, c’est Edith, responsable d’une association qui veut se spécialiser dans l’agriculture et l’élevage, qui passe pour discuter et voir de quelle manière un partenariat serait possible. Pour le moment, rien n’est vraiment envisagé, mais il n’empêche qu’une longue discussion s’est établie entre Edith et l’équipe.

Plus tard, c’est Yvonne, qui vient, entraînée par deux des femmes qui attendent le démarrage de la prochaine formation (12 femmes sont inscrites). Dès le départ, toutes trois racontent les moments difficiles qu’elles viennent de vivre car elles habitent un quartier surveillé par les militaires, et dans lequel chaque incident prend des allures de guerre civile. Elles racontent qu’elles ont un mal fou à travailler. Yvonne apparaît assez déprimée par tous ces événements, et c’est sans doute la raison pour laquelle ses amies lui ont proposé de participer à la formation. L’équipe va s’occuper de son dossier et voir si l’intégrer est possible. Plus tard, ce sera le cas de Francine, qui vit seule avec ses quatre enfants et qui voudrait aussi intégrer la formation.

Mais il y a aussi les visites de courtoisie qui font tellement plaisir à l’équipe. Louise a fait partie du 2ème groupe de formées. Elle sait que FAFA voudrait interviewer les femmes qui ont eu une première formation pour faire le point après quelques mois. Elle passe à la Maison pour inviter Françoise à la rencontrer sur son stand au marché pour discuter.  Ce qui se fera la semaine prochaine.

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Ici, à gauche sur la photo, trois des jeunes femmes qui attendent de démarrer la formation en juillet.

 

 

Ces quelques éléments permettent de comprendre que la Maison des femmes est devenue un petit centre de rencontres, de discussion et d’aide (ce qui nous fait très plaisir), mais aussi que la demande de formation mais aussi d’information est très importante tant la précarité des femmes vendeuses (mais aussi des hommes) est grande.

Problèmes sociaux et politiques, problèmes privés, problèmes économiques, tout se mélange et se renforce dans une telle précarité. Dans un précédent article, nous rapportions les propos de « mamans » expliquant que leur formation leur permettait de « mieux résister » pendant les troubles du printemps (voir article du 2 juin).

En effet, être formée à son métier, cela permet de mesurer ses incompétences, mais aussi ses compétences, et de faire le tri entre les problèmes qui viennent d’une mauvaise gestion (dont on est responsable mais qu’on peut améliorer) ou d’une situation politique détestable.  Et si le désespoir prend les femmes quand elles voient l’instabilité politique s’éterniser, les plus solides d’entre elles sont celles qui ont suffisamment confiance en elles pour se penser capables de s’en sortir quand les choses se seront apaisées. Cette sortie du fatalisme est fondamentale au développement de ces femmes.

Le bilan est qu’il faut nous battre pour continuer à faire exister la petite Maison de Bacongo, et trouver les fonds nécessaires qui nous permettront de pérenniser son activité et son indépendance.

 

2 Juin 2016 – Des nouvelles des femmes

Mieux vaut être bien formée…

Pendant cette période d’instabilité, de nombreuses femmes passent à la Maison des femmes pour donner ou prendre des nouvelles, avoir des informations, s’assurer que la Maison était toujours ouverte, discuter de la situation et des innombrables problèmes qu’elle engendre.

En effet, au moindre incident, le marché est déserté ou fermé, des rumeurs de toutes sortes circulent et affolent. Soit ce sont les femmes elles-mêmes qui plient bagage, soit ce sont les client(e)s qui ne viennent pas, mais la population s’affole rapidement. Le souvenir de la guerre civile (terminée en 2002) est dans tous les esprits.

Mais il y a aussi de nombreuses difficultés d’approvisionnement car le Congo vit au ralenti.
Nombreuses sont les femmes qui s’accrochent, et notamment les bénéficiaires de nos formations qui ont mieux compris les mécanismes qui les entraînent vers la faillite.

Elles tentent de maintenir une activité à tout prix, et y arrivent. Françoise Batantou est allée à la rencontre d’Emilie sur son stand pour l’interviewer et tenter de mesurer ce que la formation lui a vraiment apporté.

Emilie raconte que sa vie a changé depuis qu’elle a suivi la formation de FAFA et que, malgré les troubles, elle tient grâce à ce qu’elle apprit, notamment sur la gestion du stock. 

« Je suis vendeuse de ‘divers’ (produits d’épicerie, droguerie, etc.) et je n’arrivais pas à stabiliser mon commerce. Avant j’achetais les produits au banc(*). J’avais des problèmes avec les fournisseurs à tout moment et parfois je ne vendais pas pendant plusieurs jours parce que je n’avais rien pour faire fonctionner l’activité. »

Quand elle a eu connaissance de la formation de FAFA et aussi du microcrédit offert par FAFA, elle a été vraiment intéressée par la nouvelle. Elle est venue faire la formation et a reçu son crédit. Elle ajoute qu’elle ne savait pas l’importance du renouvellement de stock et qu’elle ignorait tout de la différence entre le « budget (de l’activité) » et ce qu’elle appelle son « capital propre » (son bénéfice).

C’est grâce à la formation que son activité s’est stabilisée. Sa nouvelle gestion du stock fait que, plus jamais, les produits ne manquent sur sa table. Il y a même des jours où elle vend en gros quand elle fait ses commandes à Kinshasa (RDC), notamment pour les biscuits et les chips.

Elle ajoute que « même quand il y a eu des troubles dans la ville, j’ai réussi de garder mon stand ». Elle pense que son activité à progresser d’environ 25% et ajoute que, même pendant les vacances, elle garde son activité.

 

*Cela signfie qu’elle vendait la marchandise pour un grossiste. Le prix de revient est fixé à l’avance par le fournisseur. Cette situation est très inconfortable pour les femmes qui souvent ne récupèrent qu’une toute petite marge sur les ventes, car les prix sont très changeants et la concurrence violente.

24 Mai 2016 – La vie continue à la Maison des femmes

Malgré des rumeurs diverses et plus ou moins angoissantes liées aux tensions entre les divers groupes politiques, la vie s’organise à Brazzaville après la réélection mouvementée et très controversée du président de la République.

L’équipe de la Maison a décidé de reporter de quelques semaines la reprise formelle de la session de formation (4). Mais pendant ce temps-là, la Maison reste ouverte tous les jours et les visites des « mamans » y sont nombreuses, que ce soit les « mamans » qui attendent (avec impatience) de pouvoir commencer leur formation, celles qui viennent chercher des informations, et les anciennes bénéficiaires qui passent prendre des nouvelles. L’équipe reste disponible ainsi tous les jours.

Mais chaque lundi, cette équipe organise des rencontres, invitant des femmes déjà bénéficiaires de nos formations à venir discuter avec d’autres femmes, notamment celles qui attendent de commencer la formation.

L' »ambiance FAFA » (échanges et bonne humeur) est de rigueur dans ces réunions, et ce sont les femmes qui les animent : les anciennes racontent leur propre expérience, leur réussite ou leurs problèmes à celles qui vont démarrer, et celles qui vont démarrer réagissent en fonction de leur attente et de leur vécu. Cela fait des réunions très enthousiastes à la Maison des femmes, appréciées de tout le monde. A travers la parole des bénéficiaires, notre équipe mesure les acquis et les problèmes qui subsistent, et nous mettons ainsi en place une évaluation empirique qui nous sera extrêmement utiles. Les femmes qui vont commencer apprennent à se connaître et sont de plus en plus motivées, de plus en plus responsabilisées et ce, avant même d’avoir commencé leur formation.

Mais il va sans dire que tout le monde espère constater une stabilisation de la situation politique à Brazzaville avant les vacances, et ainsi pouvoir démarrer une nouvelle session.

 

 

L’incertitude demeure à Brazzaville

La situation reste très instable, à tel point que notre équipe de Brazzaville a reporté pour encore quelques jours le début de la quatrième série de formation.  Depuis presque un mois, la ville vit au ralenti, les échanges au marché sont limités, les militaires sont partout dans les rues, la tension règne, et certaines femmes, suivant les endroits où elles habitent, refusent de sortir car elles ont peur.

La Maison est située au sud de Brazzaville, quartier toujours très surveillé par temps d’insurrection. Néanmoins, de nombreuses femmes passent à la Maison, et discutent entre elles ou avec l’équipe.

De plus, tous les lundis, faute de session de formation, Françoise invite des femmes parmi les futures formées à venir s’entretenir avec des « anciennes », qui parlent de leur expérience, de leurs découvertes, et infusent par le récit de leur expérience une valeur positive et motivante à la formation.  L’équipe a d’ailleurs décidé de noter toutes les informations émises par les « anciennes » lors de ces entretiens/discussions afin de nous faire parvenir ces informations que nous pourrons certainement exploiter.

La vie continue à la Maison des femmes de Bacongo, malgré des conditions politiques calamiteuses et la promesse d’un avenir bien incertain. Quant à nous, nous pensons d’autant plus important de continuer notre action en solidarité avec ces femmes (et toutes celles) qui subissent les contrecoups économiques et personnels de ces violentes tensions.

Plus d’infos sur RFI (18/04/2018), RFI (20/04/2018) et Le Monde International du 6 Avril 2016

 

29 mars 2016 – Période de tension à Brazzaville

Depuis plus de deux semaines, la vie à Brazzaville s’est arrêtée. L’élection présidentielle (a ravivé des tensions facilement explicables dans ce pays gouverné depuis plus de 30 ans par le même président, Denis Sassou-Nguesso, période qui a été marquée par la guerre civile à deux reprises, laquelle a fait un grand nombre de victimes, a laissé un pays dévasté avec une population traumatisée.

Si l’on en croit les résultats officiels, le président actuel aurait été réélu avec 60% des voix, mais ces résultats sont largement contestés par l’opposition qui dénoncent des trucages.

Aujourd’hui, mardi 29 mars, est une journée où l’opposition a déclaré « Brazzaville, ville morte », et demande à la population de marquer sa désapprobation en restant totalement chez elle.

Voilà en tout cas qui explique pourquoi, depuis plus de trois semaines, il ne se passe plus rien à la Maison des femmes de Bacongo, car tout le monde vit dans l’angoisse et la peur. Il était impossible dans ce contexte d’organiser la première session de formation prévue le 15 mars pour le quatrième groupe de femmes à être bénéficiaires de nos formations.

En attendant, espérons que la raison l’emportera et que le pouvoir en place et l’opposition trouveront enfin un arrangement politique acceptable qui ne passe surtout pas par de nouvelles violences.

Paris, le 29.03.2016

 

 

Lundi 8 février – Rencontre avec Gaston Nkouika

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La Maison des femmes de Bacongo accueillait le lundi 8 février Gaston Nkouika, chercheur au Ministère de la Recherche scientifique à Brazzaville. Economiste de formation, Gaston Nkouika s’est beaucoup intéressé aux problèmes des micro-entrepreneur(e)s en milieu rural, et plus spécifiquement aux problèmes qui se posent aux femmes.  Il partage avec nous l’idée que le plus important est de permettre aux micro-entrepreneuses d’échanger leurs expériences et leurs compétences, qu’elles sous-estiment souvent.

Une vingtaine de femmes étaient présentes. Après avoir demandé à chaque femme de présenter son activité, Gaston Nkouika a favorisé une discussion autour des compétences spécifiques nécessaires aux différentes filières. Nombre d’informations ont été échangées par les femmes, notamment sur la filière « fripes » et sur celle des légumes.

C’est ainsi qu’on apprend avec stupéfaction que les Brazzavillois(es) s’habillent pour leur grande majorité avec des vêtement (de second choix) venus d’Europe ou des Etats-Unis. Et ceux venant des Etats-Unis sont moins bien adaptés aux corps des Congolais(es) et se vendent donc beaucoup moins bien. Autant le savoir si on veut se lancer dans cette filière.

Un nouveau rendez-vous a été pris pour discuter de la nécessité absolue de sortir de la stratégie du « coup » pour privilégier la pérennisation de l’activité.

L’équipe de la Maison des femmes à Brazza

Pour porter un projet, il faut une équipe. Celle de la Maison des femmes de Bacongo – notre incubateur pour micro-entrepreneuses – s’est bâtie lentement. 

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Tout d’abord, nous avons fait appel à Françoise Batantou (à droite de l’image), membre de l’UAFM (notre partenaire historique) en 2013. Longtemps assistante sociale pour le Ministère de la santé « Chargée de la réintégration de la femme abandonnée », elle a une grande expérience des femmes et des difficultés qu’elles rencontrent au Congo. Elle tient son expertise des très nombreuses interventions qu’elle a réalisées sur le terrain de la famille et des enfants à Brazzaville. Mais Françoise est aussi – et surtout – une femme disponible pour de nouveaux apprentissages, très motivée par le challenge qui représente le développement de la Maison des femmes, et une manager d’équipe  compétente.

Premier membre de l’équipe FAFA, Chérubin Gampoh (à côté de Françoise) est aujourd’hui chargé de la communication et de l’animation, tâche qu’il prend en charge à mi-temps mais avec une grande motivation. Créatif et doté d’un excellent réseau, il vient d’organiser la première conférence pour les femmes micro-entrepreneuses à la Maison des femmes. Un succès, nous y reviendrons.

Sur la photo, entre Joseph et Chérubin, Clara (26 ans) nous a été proposée comme stagiaire par Françoise. Cette jeune formatrice très douée, a une expérience préalable dans une ONG locale, spécialisée dans la micro-finance. Elle parle (presque) toutes les langues qui traversent Brazzaville, ce qui facilite beaucoup le travail de nos bénéficiaires. En effet si toutes les femmes comprennent parfaitement le français, nombre d’entre elles ne le parlent pas facilement, donc hésitent à intervenir. Avec la présence de Clara, toutes les femmes peuvent s’exprimer, et n’hésitent plus. .

Joseph Bazola a une formation d’informaticien. Lorsque Chérubin il y a quelques temps, nous l’a présenté, cela nous a étonné, mais intéressé car nous avons besoin d’un spécialiste pour s’occuper des problèmes d’informatique, de gestion, et de connexion Internet. Et croyez-moi, les problèmes sont innombrables à Brazzaville.
Maintenant, nous seulement Joseph a pris en charge tous ces aspects, mais il est doté d’une grande motivation. Sa connaissance des acteurs du marché lui ont permis d’intervenir à plusieurs reprises pour aider les femmes.

L’équipe s’est construite doucement. Elle est solide. Nous faisons tout pour pérenniser leurs efforts et leur travail, car leur motivation, leur intérêt sont pour nous aussi importants que le travail réalisé auprès des femmes.

Marie Oulion, Paris,  le 25/02/2016

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Une très bonne année 2016

Pour commencer l’année, on vous propose une petite ballade à Brazzaville.

Soutenir la Maison des femmes de Bacongo

Située à Bacongo, le plus grand marché de Brazzaville (République du Congo), la Maison des femmes est un lieu de formation et d’échanges aménagé pour recevoir des femmes vendeuses qui se trouvent dans des situations économiques très précaires, afin de les accompagner jusqu’à une meilleure stabilité.

275 € = le coût de la professionnalisation d’une femme FemmeaAuTableau_p
Pour soutenir le développement de la Maison des femmes :
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Merci d’avance
L’équipe de la Maison des femmes de Bacongo