L’Agence des micro-projets soutient la Maison de Bacongo

1er décembre 2016 – Un grand merci à l’Agence des micro-projets qui vient de doter un de nos projets : « Des outils pour professionnaliser les vendeuses de Bacongo ». 


Nous avons ici, souvent, parlé des difficultés d’apprentissage que nos bénéficiaires rencontrent, et notamment sur deux aspects :

  • Difficulté de travailler sur des supports papier et de poser des opérations pour faire des calculs corrects. 
  • Difficulté de noter chaque jour les informations financières nécessaires au suivi de l’activité – les dépenses et surtout les recettes. En effet, comme nous l’expliquions dans un article précédent, les femmes travaillent dans des conditions qui les rendent peu disponibles pour ce type de suivi.
  • Plus généralement, nos bénéficiaires ont des difficultés à partager clairement le budget familial du budget de l’activité.

C’est pourquoi nous cherchons à créer des outils qui facilitent tous ces apprentissages, avec deux objectifs :

Améliorer l’appropriation de mécanismes simples de calcul de bénéfice :

  • Par la fourniture d’un carnet de formation à chaque femme, un carnet solide et imperméable (il pleut beaucoup à Brazzaville), réalisé sous la forme d’un petit livret A5, avec une couverture plastifiée et des feuilles en papier très résistant, une mise en page simple et en gros caractères (pour pallier aux nombreux problèmes de vue rarement corrigés). Ce cahier proposera une série de 10 cas pour chaque étape (4 étapes : la gestion du stock / Le calcul des recettes / Le calcul des dépenses / le calcul du résultat ou bénéfice par période).Bien entendu, tous les exercices réalisés en cours de formation ne seront pas intégrés dans ce cahier mais seulement ceux qui seront faits directement par les femmes elles-mêmes. Nous espérons ainsi qu’elles s’approprieront plus facilement les mécanismes de calcul notamment, et surtout qu’elles en garderont une trace. 

Améliorer le suivi financier de l’activité par un kit composé de :

  • Un carnet de suivi des dépensesrecettes, spécialement conçu pour répondre aux conditions de travail des vendeuses : grande simplicité d’utilisation, résistance aux fréquentes manipulations et aux intempéries. Dans ce carnet, les femmes noteront quotidiennement leurs dépenses et leurs recettes. Cela leur permettra de mieux suivre leur situation financière et d’avoir une idée plus précise de leur bénéfice.
  • Nous avons compris à quel point il était difficile pour les femmes de noter chacune de leur vente, et donc d’avoir une idée précise de leurs recettes quotidiennes. C’est pourquoi, nous leur proposons d’expérimenter un tablier « porte-monnaie » muni de poches permettant de distinguer très facilement les flux de trésorerie : poche recette activité (grande poche facile à ouvrir), poche dépenses activité (petite poche plus difficile d’accès), poche dépenses famille (dans une matière différente).
    La différence notoire entre la forme, la position, et la texture des poches devrait permettre aux femmes de ne pas avoir à réfléchir pour mettre ou prendre de l’argent au « bon » endroit. Ainsi, à la fin de la journée, elles devraient pouvoir compter -avec un moindre degré d’erreurs-, leur recette de la journée.

    Ce tablier devra être pratique,  confortable et offrir une bonne sécurisation des fonds. Il est en cours d’élaboration par les femmes elles-mêmes.

A noter que la fabrication de tous ces outils se fera à Brazzaville et qu’après l’expérimentation, nous espérons pouvoir disséminer ces outils, le cas échéant avec les modifications qui s’avéreront nécessaires, vers des ONG œuvrant dans les mêmes contextes.

Pour nous aider à développer la Maison des femmes de Bacongo et ses projets

 

Lundi 14 novembre – Comment noter ses recettes ?

La formation avance : les formées ont, depuis quelques semaines, travaillé le calcul du bénéfice à travers plusieurs études de cas, et il est possible de dire que l’idée de « bénéfice » est comprise.


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Maintenant, le plus difficile commence pour les femmes. Il s’agit de calculer leur propre bénéfice, et dans ce but, il faut qu’elles enregistrent, quotidiennement et soigneusement, leurs recettes et leurs dépenses.

Elles ont pour cela un « petit carnet » fourni par FAFA au début de la session. Dès le départ, l’équipe leur a expliqué l’intérêt d’avoir des informations précises sur leur activité, et d’essayer d’alimenter ce carnet. Au bout de 3 mois, les dépenses semblent correctement suivies. En revanche, noter les recettes restent pour les femmes un vrai casse-tête. 

Pour comprendre ces difficultés, il faut se replacer dans le contexte de travail de ces femmes : pas de caisse automatisée ou enregistreuse manuelle. Notonq qu’il n’y a pas de balance non plus : le poisson ou les légumes par exemple sont vendus en « tasé plus ou moins gros. Le seul instrument à leur disposition est donc ce petit carnet, qui difficile à poser sur une table de marché, qui est fragile à la manipulation et craint la pluie, et un crayon.

Imaginons une vendeuse : parfois le marché est calme et alors, elle peut noter les informations après chaque vente, à savoir le montant perçu, ou mieux le montant perçu et la marchandise associée. Mais souvent le marché est animé, bruyant. Les clientes se succèdent. Chaque vente est une négociation puisque les prix ne sont pas fixes, dans la mesure où rien n’est pesé. Il y a aussi l’emballage, pas toujours du plus pratique, puisqu’il s’agit souvent de papier journal « recyclé », la pluie qui ruisselle, ou la chaleur qui écrase. Sans compter, depuis quelques mois, la présence d’individus armés (soldats ou milices) qui sillonnent le marché, notamment à Bacongo, réputé être un repaire des gens du Pool. Bref, beaucoup d’éléments qui empêchent d’avoir le temps (et la disponibilité) de noter correctement ses ventes. 

En fait, il est presque impossible de noter toutes les ventes en détail. Pour le moment, au vu des outils existants, les femmes tentent simplement de noter, chaque fin de journée, ce qui est entré dans leur porte-monnaie. Mais il faut aussi noter ce qui en est sorti pour la famille, l’activité, la vie. Et la mémoire fait souvent défaut.


Une grande partie de la session de ce lundi 21 novembre a donc tourné autour de l’organisation qui pourrait faciliter cette prise de notes recettes-dépenses et lui assurer une meilleure validité : chacune semble avoir des solutions à tester mais le contexte de travail et le total manque d’outils ne facilitent pas leur tâche. Et pourtant, les bénéficiaires ont maintenant bien compris l’intérêt d’avoir un détail de leurs recettes et de leurs dépenses pour mesurer plus précisément ce que leur rapporte leur activité. Rendez-vous dans quelques semaines pour voir si leurs investigations ont porté leur fruit.

 

 

Une journée à la Maison des femmes

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Comment la Maison des femmes fonctionne-t-elle ?

La Maison est ouverte tous les matins à partir de 9h30 et jusqu’à 17h. Elle reçoit des femmes (et quelques hommes) qui viennent à la recherche d’informations tous les jours, sauf le lundi après-midi (jour de formation) et le mardi après-midi (réunion hebdomadaire de toute l’équipe (Brazza et Paris). Françoise (la directrice de la Maison) reçoit aussi des femmes sur rendez-vous le jeudi après-midi et parfois le samedi.

Tous les autres jours, Jos (à gauche) et Clara (au milieu) reçoivent en grande majorité des femmes. Ils tiennent un cahier des visites, afin de pouvoir mesurer le type de publics, de demandes, et leur évolution au fil des mois.

Une majorité de femmes viennent se renseigner sur les formations proposées, quand d’autres cherchent des informations ou une aide financière directe pour elles-mêmes ou un(e) proche. Enfin quelques-unes passent juste pour discuter et être écoutées. Parfois, Jos ou Clara organise un rendez-vous particulier avec Françoise quand la situation de la visiteuse semble vraiment préoccupante. Sa solide expérience d’assistante sociale lui permet d’apprécier les besoins et d’apporter une aide précieuse.

Ce sont plus de dix femmes qui passent chaque jour à la Maison des femmes. Notre équipe ne cesse de nous alerter car ce flux de visiteuses ne cesse d’augmenter, avec, finalement, toujours la même demande : une solution pour s’en sortir.

Notre offre, – formation + suivi personnalisé + soutien financier pendant 6 mois -, est simple et répond parfaitement aux problèmes d’une population de femmes épuisées par leurs conditions de vie, et parfois même dans des conditions humanitaires catastrophiques (notamment celles qui viennent du Pool, une région considérée comme rebelle par le gouvernement et donc quotidiennement menacée. Mais elle demande des ressources humaines donc financières.

Pour le moment, il n’est pas envisageable de suivre plus de 15 femmes par session, soit 30 femmes par an. Bien trop peu et mais déjà difficile à mener à bien. C’est pourtant la demande de notre équipe qui propose – même en l’état – de dédoubler les formations. Les discussions sont en cours pour voir comment garantir une qualité de suivi et diversifier l’offre.

 

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La rue à Brazzaville (2010)

Voici quelques exemples extraits des visites du Cahier des visites – dernière semaine d’octobre 2016. Les prénoms ont été changés.

  • Aline est déjà passée plusieurs fois et connait les formules offertes par FAFA. Pour le moment, elle héberge une famille qui vient du Pool (là où ont lieu les affrontements entre l’armée et les ninjas). Elle souhaiterait vraiment que les femmes qu’elle héberge puissent démarrer une activité qui leur permettrait d’être libres financièrement.
    Malheureusement notre structure ne peut pas les aider immédiatement. La prochaine formation devrait démarrer début février 2017. Elles sont inscrites sur la liste. 
  • Catherine est sans activité et vit à Makana. Elle voudrait savoir comment faire pour suivre la formation et avoir le crédit. Elle voudrait vendre les divers produits comme les mangues.
    Catherine est donc inscrite sur la longue liste des femmes attendant une formation.
  • Adeline a 24 ans. Elle possède un petit jardin à Kombe (sud de Brazzaville) mais n’a pas d’argent pour acheter des semences. Pour arriver à épargner la somme nécessaire, elle essaie de vendre des gâteaux sur le marché Total, mais c’est très difficile.
    Adeline est une femme active et cherche une solution. Elle a commencé une tontine. 
  • Antoinette veut épargner et elle pensait que la Maison des femmes proposait des solutions.
    Nous ne proposons pas de solution d’épargne mais il ne serait pas forcément une mauvaise idée d’y réfléchir car le produit de l’épargne pourrait alimenter une petite caisse de secours pour soulager les femmes lors des nombreux incidents : accidents qui émaillent leur vie (grossesse, maladie, deuil, accident). Nous ne sommes pas autorisées à garder de l’argent pour des tiers, mais sommes à la recherche d’un partenaire qui partagerait nos valeurs et saurait répondre à cette attente et nous aider à organiser la Caisse de secours. 
  • Odile a 45 ans et 4 enfants. Elle vient pour la première fois sur les conseils de Garmellite. Elle est épuisée et cherche vraiment une solution pour améliorer la vie de sa famille (et la sienne). Elle voudrait reprendre rapidement une activité.
    Jos l’a inscrite sur la liste et lui a expliqué le fonctionnement de la formation. Odile n’a pas été beaucoup à l’école, et c’était il y a longtemps, mais elle a décidé de prendre son courage à deux mains pour recommencer, tout comme Garmellite l’a elle-même fait l’année dernière avec succès. 
  • Patricia a 30 ans. Elle vivait dans le village de Mambou (Pool), encerclé par l’armée. Son activité consistait à brûler le bois et à en faire du charbon de bois. Elle était un des fournisseurs d’Eliane, une de nos premières bénéficiaires. Depuis que le Pool est encerclé, et qu’une loi interdit la vente de produits issus du Pool, elle a dû fuir avec sa famille et est obligée de tout recommencer à zéro.
    Au vu de sa situation, Jos lui propose de rencontrer rapidement Françoise qui, connaissant bien les arcanes des aides sociales, pourra peut-être lui trouver une solution de dépannage immédiat. Elle s’est inscrite sur la liste de formation pour février 2017. 

Elles sont nombreuses à venir à la Maison pour parler, chercher des solutions. Nous savons que le travail réalisé par la Maison des femmes est adapté et efficace, et qu’il faut se battre pour le déployer davantage. 

 

 

18 octobre – Mauvaises et bonnes nouvelles de Brazzaville

De mauvaises nouvelles…

La situation sociale et politique du Congo Brazzaville ne se stabilise pas facilement depuis la réélection contestée du Président de la République, et il semble que la situation du Pool (département du Sud du Congo), théâtre de violences entre les forces gouvernementales et des groupes d’opposants ne se calme pas. Cela se traduit à Brazzaville par l’omniprésence des militaires dans les rues, des  mouvements de panique à la suite d’un simple bruit ou de rumeur folle, et sur le plan économique par une grande désorganisation du marché.

En effet, le Pool est une région d’où proviennent nombre de denrées (légumes, charbon, bois de chauffe, etc.), et depuis quelques semaines, les communications sont très perturbées ce qui tend à provoquer des pénuries, d’autant plus que le trafic est également très perturbé sur la route qui permet normalement l’acheminement des marchandises entre Pointe Noire et Brazzaville. De fait, il ne reste plus que les livraisons par le Nord, avec des prix que les pénuries ne peuvent qu’augmenter.

Dans ces conditions difficiles, plusieurs de nos bénéficiaires tentent tant bien que mal de se procurer de la marchandise – et notamment du charbon, du bois, du pétrole d’une autre provenance que celle qui était habituelle.

…au milieu de l’espoir, du courage et de la ténacité 

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Session du lundi 10 octobre 2016

Il semble que les « mamans » de la Maison des femmes résistent comme elles le peuvent à ces tensions, et certaines d’entre elles, rencontrées par Clara la semaine dernière sur le marché, ont expliqué à quel point la formation et le microcrédit étaient vraiment venus au « bon moment ».

Toutes disent aussi que le fait d’appartenir à la Maison des femmes et de connaître l’équipe qui les soutient leur rend grand service. Sans doute – et tout simplement – en leur permettant de sortir de la solitude et de chercher des solutions, même transitoires, même fragiles, ensemble.

Voilà qui développe une pression de plus en plus forte sur l’équipe de Brazzaville qui se voit chaque jour sollicitée davantage par des femmes venues demander de l’aide. Françoise et Clara nous ont donc expliqué aujourd’hui (mardi 18 octobre) qu’elles commencent à réfléchir à l’augmentation du nombre de formation  par an et envisagent à cet effet de gérer deux groupes en parallèle ou de faire démarrer un nouveau groupe alors que la formation du groupe précédent n’est pas encore terminée.

Nous insistons toujours sur la difficulté liée au nombre de participantes mais devons reconnaître que la situation d’urgence dans laquelle les « mamans » démunies se trouvent nous oblige à revoir notre stratégie. Pour l’instant les idées sont en cours d’élaboration. Nos moyens financiers très restreints ne nous permettent aucun écart : à nous donc d’aider au mieux l’équipe de Brazzaville à faire plus, à nous aussi de  chercher des ressources.

Reste que pour nous la vitalité de la Maison des femmes est la preuve que notre projet de communauté de femmes microentrepreneuses a un sens et répond à un besoin. Car comme l’explique Domi, une jeune femme de 26 ans, veuve* avec 3 enfants  dont un au collège, « FAFA a des avantages que d’autres [institutions de] microcrédit n’ont pas, tels que la formation et le suivi des femmes par la directrice de Brazzaville en personne, et en voyant ces actions » elle ajoute que « FAFA est vraiment bon et qu’elle peut avoir confiance ». Voilà une bonne nouvelle si nous savons développer la Maison efficacement.

Et l’autre bonne nouvelle est l’engagement formidable de l’équipe de Brazza qui travaille dans des conditions difficiles, mais toujours avec enthousiasme et une vraie disposnibilité pour les femmes.

*Son mari est mort pendant les violences liées aux élections ce début d’année 2016

26 septembre 2016 – Vive l’autonomie et l’indépendance économique des femmes

Lors de la session du lundi 26 septembre, la Maison des femmes de Bacongo a eu le plaisir d’accueillir Céline Kibamba, présidente de l’UAFM, qui est venue pour discuter avec les « mamans » bénéficiaires de la formation.

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Céline K. en blanc à droite de l’écran, avec Françoise Batantou (accroupie), et les femmes de la session. Céline a toujours soutenu notre action et ce dès 2009. Si la Maison des femmes de Bacongo existe, c’est aussi grâce à elle.

Les femmes, membres de l’UAFM, nous ont proposé de participer à l’animation de la Maison des femmes en venant animer des discussions ou faire des conférences.
La première à jouer le jeu est donc Céline Kibamba.
La discussion a tourné autour de l’épineuse question de l’indépendance économique des femmes et de leur autonomie. Ce thème est d’ailleurs au cœur de la mission que c’est donné l’UAFM.
Céline, qui a longtemps exercé le métier d’assistante sociale (dédiée aux enfants handicapés) est fermement convaincue que les femmes, quelle que soit leur situation sociale, peuvent développer une belle activité – elle a cité le cas de deux femmes qui avaient très bien réussi grâce aux microcrédits distribués en 2009 (notre équipe va revenir avec un petit reportage sur leur activité).

Mais elle va plus loin. Elle dit clairement que les jeunes femmes qui n’ont pas de travail, et qui, souvent, pensent que la vie en couple peut leur faciliter la vie, en tout cas économique, font une grave erreur. Elle explique que cette situation crée bien souvent d’importants problèmes, et qu’à Brazzaville, on peut croiser nombre de très jeunes femmes qui se retrouvent dans des conditions très difficiles, avec plusieurs enfants de pères différents.

Toutes les femmes connaissent de nombreux exemples – et certaines se trouvent dans cette situation. Marie-G. qui a bénéficié de la première série de formation était elle-même dans cette situation. Mais la formation lui a donné assez de moyens pour qu’aujourd’hui elle vive seule avec ses trois enfants et les assume.

La discussion a été vive et passionnée, et cette visite très appréciée.

Septembre 2016 – Ballade dans les marchés de Brazzaville avec Clara

Tous les jeudis, Clara et Françoise vont à la rencontre des femmes bénéficiaires de la formation en cours (série 4).

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Vendeuse sur le marché, un métier qui peut être physiquement très difficile.

Voici un extrait des comptes-rendus de Clara

Le jeudi 1er septembre, Françoise et moi avons travaillé ensemble, et nous avons rendu visite à Adèle M., Aline V. et Ella B. , qui participent à la formation en cours.  

Adèle vend des divers produits tels que l’huile de palme, pâte d’arachide, diverses huiles. Elle raconte que l’aide offerte par FAFA a été vraiment la bienvenue car elle n’arrivait plus à travailler avec les fournisseurs des bidons d’huile de palme qui d’ailleurs subissent une crise. Mais malgré la crise, elle réussit pour l’instant à s’en sortir.

Aline et Ella travaillent dans le même domaine : les friperies. Depuis peu, elles ont toutes les deux changer la manière de vendre à cause de ce qu’elles appellent la  » crise financière ». Donc elles livrent (d’abord), et ensuite elles vont se faire payer le soir, à partir de 16h. Toutes les deux sont d’accord pour dire que le crédit de FAFA est vraiment arrivé à temps et que la formation les aide à faire attention.

Le jeudi 8 septembre, j’ai travaillé seule et suis allée à Bifouiti pour rendre visite à Padauline, Talvani et Yolande.

Padauline vend normalement au marché de Bouro, mais ce jeudi elle était au marché de Bifouiti. En effet, elle venait juste d’acheter un nouveau ballon (ballot) de serviettes qu’elle comptait vraiment finir en 5 à 6 jours. Une de ses amies lui a proposé de lui céder sa table (une bonne table) pour vendre et elle a bien vendue. Juste en face de la table, il y a un arrêt de bus qui part  vers l’intérieur du pays. Maintenant, elle est contente de son activité de friperie et elle m’a confié avoir trouvé une place au marché Total où elle va ajouter la vente de plastiques car elle a fait assez d’économies pour essayer de se développer.

Talvani vend aussi de la friperie au marché de Bifouiti mais elle s’en sort difficilement car elle est vraiment à l’intérieur du marché, quand les clients arrivent juste sur l’avenue où passent les véhicules. Mais pour l’instant, elle dit que « ça va ».

Yolande vendait au marché de Bouro du charbon, mais cela fait 2 semaines qu’elle est au marché de Bifouiti. Le gouvernement a en émis une loi interdisant le passage des véhicules qui transportent les bois de chauffe et les charbons en provenance du Pool*, donc elle ne peut plus transporter de tels produits.
Son activité rencontrant un grave problème d’approvisionnement, elle est contrainte d’aller de marché en marché pour chercher de quoi vendre. Comme actuellement, c’est la période des champignons, elle s’est lancée dans cette activité. Elle espère qu’il y aura assez de pluie pour qu’elle puisse bien vendre, et ainsi ajouter des mangues sur sa table.
*Le Pool est un département situé au sud-est du pays. Ce département est traditionnellement connu pour être en opposition au Président actuel et à sa famille, lesquels sont au pouvoir depuis 1972.  Ceci explique sans doute la dernière loi émise comme les producteurs de charbon et de bois de chauffe, d’autant qu’une réélection très controversée vient d’avoir lieu.                                             

Le jeudi 15 septembre, j’ai de nouveau rencontré Aline.
Aline a été très éprouvée par la mort de sa grande sœur, qui est morte mystérieusement – toute la famille trouve que cette mort n’est pas normale.
Je lui ai demandé si elle continuait à vendre, elle a répondu par un « oui » en me disant: « si je ne vendais pas ou trouverai-je de quoi faire la cotisation ? » Donc je dois vendre et aussi venir à la formation.

 

22 août 2016 – La formation s’installe

Quatre semaines après avoir démarré, le nouveau groupe de femmes a pris ses marques et commencé ses travaux sur la première étape : « Apprendre à  gérer son stock ».

Il ne cesse de pleuvoir à Brazzaville, alors que nous sommes dans la saison sèche. Une pluie abondante et inattendue perturbe la vie quotidienne et provoque des dégâts. C’est pourquoi quelques femmes n’ont pas pu assister à cette session.

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Françoise a proposé de travailler avec les études de cas fictifs de Marguerite et de Lydia. Dans ces exemples, les vendeuses ne priviligient pas le réinvestissement dans le stock de manière systématique, et il leur arrive d’être en rupture de stock.
Dans les deux cas, les vendeuses ne sont pas assez attentives aux dépenses qu’elles font pour la vie quotidienne de leur famille, et n’ont plus, en fin de semaine, suffisamment de liquidités pour réassortir correctement leur marchandise. Le bilan est très rapidement négatif, et leur chiffre d’affaire s’effondre.

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Françoise et une des bénéficiaires qui développe le cas au tableau

Il n’est pas toujours facile de comprendre ces mécanismes, mais les femmes doivent apprendre à être très attentives au fait qu’une rupture de stock est souvent catastrophique puisqu’elles n’ont aucune ressource devant elles pour y parer.

25 Juillet 2016 – Démarrage de la quatrième formation

Après plusieurs mois d’hésitation liée à l’ambiance délétère qui régnait à Brazzaville, l’équipe de Brazzaville a finalement lancé la nouvelle formation le lundi 25 juillet.

12 femmes sont inscrites sur cette session, sélectionnées à partir de critères que nous appellerons sociaux, à savoir que toutes sont dans des situations frisant l’urgence économique. Ce retard en est d’autant plus malheureux. Mais maintenant, l’optimisme est revenu et un nouveau groupe de 12 femmes, toujours enthousiastes, démarre.

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15 Juin 2016 – Qui passe à la Maison des femmes ?

Depuis quelques semaines, nous avons demandé à l’équipe de nous raconter la vie à la Maison des femmes de Bacongo.  La nouvelle session de formation de 6 mois ne commence que début juillet, mais la vie n’en est pas moins redevenue très active à la Maison des femmes.

La Maison des femmes est ouverte tous les jours de la semaine du lundi au vendredi à partir de 9h30, et jusqu’à 17h, les visites ont lieu le plus souvent entre 11 et 15h.

Les demandes sont de toutes sortes, et en voici quelques exemples, tirés du journal de la Maison de la semaine dernière.

Jérémie a entendu parler de FAFA par Cécile, la jeune coiffeuse qui a vu son affaire se développer depuis qu’elle a suivi la formation. Mais il est très déçu de comprendre que la Maison des femmes n’aide que les femmes. Sa réponse, généreuse, a été qu’il fallait le faire « avec confiance », mais on comprend son désarroi quand on sait la difficulté récurrente à trouver de l’argent dans des conditions correctes. Rappelons que, par exemple, les MUCODEC, qui distribuent des microcrédits, n’acceptent que les clients qui ont un compte d’épargne et peuvent donner une caution importante.  Quant aux « officines » comme on les appelle à Brazzaville, elles sont nombreuses mais leur réputation n’est pas bonne, et on n’y recourt qu’avec parcimonie. Reste les ristournes (tontines) mais cela ne résout pas tous les problèmes de financement.

Plus tard, c’est Edith, responsable d’une association qui veut se spécialiser dans l’agriculture et l’élevage, qui passe pour discuter et voir de quelle manière un partenariat serait possible. Pour le moment, rien n’est vraiment envisagé, mais il n’empêche qu’une longue discussion s’est établie entre Edith et l’équipe.

Plus tard, c’est Yvonne, qui vient, entraînée par deux des femmes qui attendent le démarrage de la prochaine formation (12 femmes sont inscrites). Dès le départ, toutes trois racontent les moments difficiles qu’elles viennent de vivre car elles habitent un quartier surveillé par les militaires, et dans lequel chaque incident prend des allures de guerre civile. Elles racontent qu’elles ont un mal fou à travailler. Yvonne apparaît assez déprimée par tous ces événements, et c’est sans doute la raison pour laquelle ses amies lui ont proposé de participer à la formation. L’équipe va s’occuper de son dossier et voir si l’intégrer est possible. Plus tard, ce sera le cas de Francine, qui vit seule avec ses quatre enfants et qui voudrait aussi intégrer la formation.

Mais il y a aussi les visites de courtoisie qui font tellement plaisir à l’équipe. Louise a fait partie du 2ème groupe de formées. Elle sait que FAFA voudrait interviewer les femmes qui ont eu une première formation pour faire le point après quelques mois. Elle passe à la Maison pour inviter Françoise à la rencontrer sur son stand au marché pour discuter.  Ce qui se fera la semaine prochaine.

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Ici, à gauche sur la photo, trois des jeunes femmes qui attendent de démarrer la formation en juillet.

 

 

Ces quelques éléments permettent de comprendre que la Maison des femmes est devenue un petit centre de rencontres, de discussion et d’aide (ce qui nous fait très plaisir), mais aussi que la demande de formation mais aussi d’information est très importante tant la précarité des femmes vendeuses (mais aussi des hommes) est grande.

Problèmes sociaux et politiques, problèmes privés, problèmes économiques, tout se mélange et se renforce dans une telle précarité. Dans un précédent article, nous rapportions les propos de « mamans » expliquant que leur formation leur permettait de « mieux résister » pendant les troubles du printemps (voir article du 2 juin).

En effet, être formée à son métier, cela permet de mesurer ses incompétences, mais aussi ses compétences, et de faire le tri entre les problèmes qui viennent d’une mauvaise gestion (dont on est responsable mais qu’on peut améliorer) ou d’une situation politique détestable.  Et si le désespoir prend les femmes quand elles voient l’instabilité politique s’éterniser, les plus solides d’entre elles sont celles qui ont suffisamment confiance en elles pour se penser capables de s’en sortir quand les choses se seront apaisées. Cette sortie du fatalisme est fondamentale au développement de ces femmes.

Le bilan est qu’il faut nous battre pour continuer à faire exister la petite Maison de Bacongo, et trouver les fonds nécessaires qui nous permettront de pérenniser son activité et son indépendance.

 

2 Juin 2016 – Des nouvelles des femmes

Mieux vaut être bien formée…

Pendant cette période d’instabilité, de nombreuses femmes passent à la Maison des femmes pour donner ou prendre des nouvelles, avoir des informations, s’assurer que la Maison était toujours ouverte, discuter de la situation et des innombrables problèmes qu’elle engendre.

En effet, au moindre incident, le marché est déserté ou fermé, des rumeurs de toutes sortes circulent et affolent. Soit ce sont les femmes elles-mêmes qui plient bagage, soit ce sont les client(e)s qui ne viennent pas, mais la population s’affole rapidement. Le souvenir de la guerre civile (terminée en 2002) est dans tous les esprits.

Mais il y a aussi de nombreuses difficultés d’approvisionnement car le Congo vit au ralenti.
Nombreuses sont les femmes qui s’accrochent, et notamment les bénéficiaires de nos formations qui ont mieux compris les mécanismes qui les entraînent vers la faillite.

Elles tentent de maintenir une activité à tout prix, et y arrivent. Françoise Batantou est allée à la rencontre d’Emilie sur son stand pour l’interviewer et tenter de mesurer ce que la formation lui a vraiment apporté.

Emilie raconte que sa vie a changé depuis qu’elle a suivi la formation de FAFA et que, malgré les troubles, elle tient grâce à ce qu’elle apprit, notamment sur la gestion du stock. 

« Je suis vendeuse de ‘divers’ (produits d’épicerie, droguerie, etc.) et je n’arrivais pas à stabiliser mon commerce. Avant j’achetais les produits au banc(*). J’avais des problèmes avec les fournisseurs à tout moment et parfois je ne vendais pas pendant plusieurs jours parce que je n’avais rien pour faire fonctionner l’activité. »

Quand elle a eu connaissance de la formation de FAFA et aussi du microcrédit offert par FAFA, elle a été vraiment intéressée par la nouvelle. Elle est venue faire la formation et a reçu son crédit. Elle ajoute qu’elle ne savait pas l’importance du renouvellement de stock et qu’elle ignorait tout de la différence entre le « budget (de l’activité) » et ce qu’elle appelle son « capital propre » (son bénéfice).

C’est grâce à la formation que son activité s’est stabilisée. Sa nouvelle gestion du stock fait que, plus jamais, les produits ne manquent sur sa table. Il y a même des jours où elle vend en gros quand elle fait ses commandes à Kinshasa (RDC), notamment pour les biscuits et les chips.

Elle ajoute que « même quand il y a eu des troubles dans la ville, j’ai réussi de garder mon stand ». Elle pense que son activité à progresser d’environ 25% et ajoute que, même pendant les vacances, elle garde son activité.

 

*Cela signfie qu’elle vendait la marchandise pour un grossiste. Le prix de revient est fixé à l’avance par le fournisseur. Cette situation est très inconfortable pour les femmes qui souvent ne récupèrent qu’une toute petite marge sur les ventes, car les prix sont très changeants et la concurrence violente.